Le Massacre de Katyn

Le Massacre de Katyn hante toujours les esprits ici en Pologne. De mes oreilles j’ai entendu des récits, les sanglots dans la voix, de ce traumatisme encore vivant. Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de cet événement, il s’agit de la mise à mort en masse en 1940 des élites polonaises. Les soviétiques ont exécuté froidement les officiers polonais, mais également de nombreux intellectuels et personnes plus ou moins influentes jugées hostiles au communisme.

Les Prémisses de Katyn : les Premières Purges soviétiques

Dans les années 30, le NKVD a procédé à de grandes purges contre les minorités. Les Polonais en font parti et sont déportés dans les goulags ou exécutés simplement pour porter un nom polonais.

Cela peut sembler tristement ironique quand on sait que le NKVD avait pour dirigeant Félix Dzerjinski dans les années 20. Le Polonais Félix Dzerjinski était par ailleurs un ennemi juré du Maréchal Józef Piłsudski.

L’arrêté numéro 00485 de 1937 prévoyait « La liquidation de la diversité polonaise et de les groupes espions ». Au total les soviétiques ont « jugé » 139,835 Polonais, et 111 091 Polonais on été victimes d’exécutions sommaires.

L’invasion Allemande et Russe

Le pacte de non agression Germano-Soviétique aboutit à l’invasion et au partage de la Pologne par l’Allemagne d’Hitler et la Russie de Staline.

La violence des Allemands envers les Polonais est certaine. Mais les Russes ont été d’une férocité difficilement imaginable. 250 000 hommes en âge de travailler finissent enrôlés de force dans l’armée ou dans des unités de travail forcé (strojbatami).

140 000 personnes sont déportées au nord de la Russie dans des conditions épouvantables.

Les Russes font prisonniers tous les hommes représentant un danger à leurs yeux. Cela concerne effectivement les militaires, en particulier les officiers. Mais les soviétiques enferment également les cadres de la police et de la gendarmerie, les gardiens de prison, les gardes frontières… Les scouts, les médecins, les professeurs, les avocats et les prêtres ont séjourné également dans ces prisons. Trois camps regroupent les différents prisonniers : 5 000 à Kozielsk, 6 570 à Ostachkov et 4 000 à Starobielsk.

À Noël 1939, les religieux (eux aussi prisonniers) sont « libérés ». On apprendra plus tard qu’ils ont été sortis de prison pour être massacrés froidement.

Ordre et Exécution des Massacres

Le 5 Mars 1940 le Politburo ordonne l’exécution sans procès des 25 700 prisonniers Polonais.

Les forces du NKVD commencent un massacre méthodique. Les soviétiques utilisent une méthode simple : une balle à bout portant, et enterrement dans des fosses communes. Les agents russes utilisent des pistolets allemands avec l’idée de faire porter le chapeau aux Nazis.

Katyń, forêt située près de la ville de Smolensk, n’est qu’un seul lieu d’exécution. On compte 4 404 prisonniers tués entre le 3 avril et le 13 mai 1940. Ces prisonniers viennent du camp de Kozielsk.

Charnier de Katyn en 1943
Charnier de Katyn découvert en 1943

Le NKVD exécute 6 287 prisonniers Polonais du camps d’Ostachkov, enterrés dans le charnier de Mednoïe.

À Kharkov, directement dans les locaux du NKVD, les agents Russes massacrent 3 896 prisonniers du camp de Starobielsk. Ils les enterrent dans le charnier de Piatykhatky.

Enfin, en Ukraine et en Biélorussie, respectivement 3 870 et 3 435 détenus finissent eux aussi assassinés et enterrés dans des charniers.

Déportation des Proches

La police spéciale a également emprisonné les proches des prisonniers massacrés. En effet les agents du KNVD ont collecté les adresses des proches auxquels les prisonniers avaient écrits. Les russes arrêtent ces proches soit 60 667 personnes. Le pouvoir soviétique décide de leur déportation au Kazakhstan. 80% des prisonniers sont des femmes et des enfants.

Encore aujourd’hui ces prisonniers et leurs descendants vivent au Kazakhstan et le gouvernement actuel Polonais essaie de les rapatrier en Pologne.

Les Mensonges sur Katyn

Révélation et Utilisation par les Nazis

En 1941, les Allemands découvrent le charnier de Katyn. Les Allemands révèlent d’autres lieux d’exactions en 1942 et en 1943.

Les Nazis veulent utiliser ces massacres pour solliciter l’indignation des Anglais et des Américains et aussi s’assurer du soutien de Sikorski, le chef du gouvernement polonais en exil à Londres.

Découverte du charnier de Katyn par les allemands nazis
Découverte du charnier de Katyn par les Nazis

Les Nazis utilisent également ces massacres dans leur propagande interne. Ils veulent ainsi mobiliser la population en les effrayant des représailles certains de la part des soviétiques et des juifs en cas de défaite.

Déni Soviétique

Une fois la zone de Katyń reprise par les soviétiques, une mascarade scientifique est mise en place par Staline.

La conclusion de cette commission scientifique est que les allemands sont les uniques coupables. Les balles utilisées étant allemandes, cela ne doit laisser aucun doute sur les coupables, selon les experts soviétiques.

Nicolaï Zoria, procureur soviétique à Nuremberg, refuse de participer à ce mensonge. Il est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel en 1946, avant d’avoir pu faire part de ses doutes.

Abandon des Polonais par l’Occident

Un rapport est commandé par Roosevelt en 1944. Il refuse les conclusions du rapport, qui désigne indubitablement les russes comme coupables de ces exactions. George Earle remet en question l’ordre de destruction du rapport et est puni d’une mutation dans les îles Samoa. Roosevelt ment ouvertement en poussant officiellement la responsabilité sur les allemands.

Le Britanniques disposent également de rapports confirmant la responsabilité des soviétiques dans ces massacres. Mais le gouvernement anglais ignore ce rapport et minore l’importance de ces massacres.

Ultime Vérité sur Katyn

Pendant des décennies la propagande des communistes Polonais était la version officielle en vigueur en Pologne. Les massacres de l’intelligentsia polonaise est l’œuvre des Nazis.

Par ailleurs les soviétiques rendent inaccessible l’accès aux lieux des massacres et organisent une grande propagande sur le village de Khatyn en Biélorussie qui aurait été détruit par les allemands. Ils entretiennent ainsi une confusion pour éliminer Katyń de l’équation.

Cette « vérité » commence à être très écornée, en particulier après l’effondrement du bloc soviétique. Pour autant le pouvoir russe refuse toujours de révéler les archives qui concluraient sur une responsabilité indubitable des soviétiques.

Seulement en 2010, les documents officiels sont révélés, en particulier l’ordre signé par le politburo ordonnant ces massacres.

Ordre du politburo incluant Staline de perpétrer les massacres des polonais dont Katyn
Ordre du politburo incluant Staline de perpétrer les massacres des polonais dont Katyn

Les russes considèrent ces massacres comme un « crime militaire » ne pouvant ainsi pas être assimilés à un génocide ou à un crime contre l’humanité. Les russes bénéficient ainsi d’un délai de prescription de 50 ans, évitant ainsi toute poursuite judiciaire.

En 2010, le Président de la République Polonaise Lech Kaczyński est tué dans un « accident » d’avion sur le chemin des commémorations à Smolensk. De gros doutes subsistent sur le caractère accidentel de cet événement.

Avion de Lech Kaczynski écrasé à Smolensk près de Katyn
Avion de Lech Kaczynski écrasé à Smolensk près de Katyn

Approfondir le Sujet

« Les bourreaux de Staline – Katyn, 1940 » est un excellent reportage sur le sujet. Arte a diffusé ce très bon documentaire il y a quelques temps. Vous pouvez y accéder en VOD sur leur site avec le lient précédent.

Vous pouvez également voir le film Katyń d’Andrzej Wajda sorti en 2007. Le film traite du sujet du point de vue des proches des victimes qui sont restés très longtemps dans l’ignorance.

Ce sujet est encore brûlant dans le cœur des Polonais et explique leur méfiance (voire leur haine) envers la Russie. Il faut bien comprendre qu’avec ce massacre, les soviétiques ont amputé la Pologne de précieuses élites. Des élites qui auraient pu jouer un contre-pouvoir décisif face aux pantins communistes mis en place par les russes après-guerre.

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