Le Cinéma Polonais Expliqué aux Étrangers

Le cinéma est un domaine important dans la culture polonaise. Nombreux sont ceux qui connaissent ses stars internationales. Cependant, rares sont ceux qui en connaissent l’histoire et les joyaux. Cet article vous aidera à rafraîchir vos connaissances, ou à découvrir le cinéma polonais. Il vous suffit de sélectionner votre profil, de cliquer et de vous amuser !

Niveau : Débutant

  1. J’ai un devoir à rendre et je veux le plagier entièrement.
  2. Je ne savais pas que la Pologne faisait des films, quand sont-ils devenus si avancés technologiquement ?
  3. Je ne sais pas si je vais lire ce texte, les meilleurs cinéastes sont juifs de toute façon…
  4. Pour être honnête, je m’intéresse surtout aux actrices polonaises.
  5. Je veux être cinéaste. Où Polański et Wajda ont-ils appris tout ça ?
  6. Peut-on avancer rapidement jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, s’il vous plaît ?
  7. Je regarderai tout ce que Martin Scorsese recommande.

Niveau : Intermédiaire

  1. Je ne regarde que les films des lauréats des Oscars.
  2. Peut-on revenir à la Seconde Guerre mondiale ? Ou au moins regarder des films sur ce sujet ?
  3. Je regarderai n’importe quoi, pourvu que ce soit de la Nouvelle Vague.
  4. J’ai un faible pour Luis Buñuel.
  5. J’aime voir les gens faire des dépressions nerveuses, de l’émotion pure !
  6. Je ne regarde que des superproductions à gros budget avec des effets spéciaux.
  7. Comment c’est de vivre dans un état communiste ?
  8. Je suis en quête du sens de la vie, y a-t-il des films qui peuvent m’aider ?

Niveau : Expert

  1. Je connais Kieślowski sur le bout des doigts. Essayez de me surprendre.
  2. J’adore Woody Allen et je crois aux effets thérapeutiques des films.
  3. Mes films préférés sont Chinatown et Rosemary’s Baby. Quels autres films Polański a-t-il réalisés ?
  4. Je m’oppose au monde dominé par les hommes. Qui sont les réalisatrices polonaises ?
  5. Un film est aussi bon que son caméraman.
  6. Vous avez quelque chose de tendance ?
  7. Je cherche quelque chose de récent à louer/télécharger.

Les Racines du Cinéma Polonais

Les Ancêtres du Cinéma à l’International

Il est impossible de se tromper sur les ancêtres de la cinématographie. Alors qu’Edison créait le kinétoscope, qui enregistrait les films sur une bande, Auguste et Louis Lumière faisaient breveter le cinématographe, qui permettait à plusieurs personnes de regarder un film en même temps. Cependant, les génies français et américains ne sont pas les seuls à avoir contribué à l’invention du cinéma.

Les Inventeurs Polonais

Jan Szczepanik dans son laboratoire
Jan Szczepanik dans son laboratoire

Dans la Pologne du XIXe siècle, plusieurs inventeurs, dont Piotr Lebiedziński, travaillaient à la création de leur propre cinématographe. En 1893, Lebiedziński, chimiste et photographe amateur, devance les frères Lumière de deux ans. Il met au point une machine appelée pléographe, qui permettait d’enregistrer des films courts. Pour des raisons techniques, l’appareil n’a jamais été utilisé à grande échelle. Toutefois, l’invention a continué à évoluer grâce à l’inventeur Kazimierz Prószyński.

Les inventeurs polonais ont joué un rôle important dans le développement de la cinématographie et de la télévision. En 1897, un brillant inventeur surnommé « l’Edison polonais », Jan Szczepanik, a obtenu un brevet britannique pour son « Télectroscope ». Ce prototype de télévision pouvait transmettre l’image et le son. Il permettait ainsi de visualiser en direct des images et des sons à distance. Par la suite, avec l’invention de la technologie adaptée des années plus tard, son concept est devenu réalité.

Ensuite, un autre inventeur dont le travail s’inscrit dans le processus de développement progressif est Siegmund Lubin (Zygmunt Lubszyński), un juif américain d’origine polonaise. On lui attribue l’invention du premier projecteur de cinéma. Alors que Thomas Edison a breveté un kinétoscope qui pesait près d’une tonne, le phantoscope de Lubin ne pesait que 25 kilogrammes, et a été modifié pour être encore plus léger. Lubin, qui était auparavant vendeur de lentilles de contact, est devenu le concurrent numéro un d’Edison.

Un Développement Rapide du Cinéma Polonais

Tout d’abord, la cinématographie polonaise remonte à la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque la Pologne a retrouvé son indépendance après 120 ans d’occupation. Pourtant, le premier long métrage polonais, et le seul à être resté intact, est Pruska kultura (Les Martyres de la Pologne) de 1908. La grande majorité des films produits par cette industrie naissante étaient des mélodrames et des films patriotiques.

Ensuite, le cinéma polonais s’est développé de manière dynamique pendant l’entre-deux-guerres. Plus de 150 studios furent créés durant cette époque. Parmi les plus importants, citons par exemple Sfinks, Leo-Film et Falanga. Leur production annuelle s’élevait à 30 longs métrages et entre 100 et 300 courts métrages. Le film le plus important de l’époque est une adaptation du roman Cham (Le Rustre) d’Eliza Orzeszkowa. Il fut projeté dans 13 pays différents.

Mais l’entre-deux-guerres a également eu ses acteurs vedettes : Adolf Dymsza, Jadwiga Smosarska et Eugeniusz Bodo.

L’essor du Cinéma Yiddish

Nathan Gross filmant avec une caméra.
Nathan Gross

Les Débuts du Cinéma Yiddish

Les maîtres d’œuvre et les pionniers du cinéma polonais de l’époque étaient des hommes d’affaires juifs. Ils ont investi dans cette nouvelle industrie et ont ainsi favorisé son développement. Ceci explique que les films en yiddish constituaient une part importante de la cinématographie polonaise à cette époque.

70 des 170 films juifs sortis entre 1910 et 1950 ont été réalisés en Pologne. A cette époque, la Pologne était l’un des trois principaux centres de la culture yiddish dans le monde, avec les États-Unis et l’Union soviétique. La Pologne souffrait de problèmes économiques croissants et d’une situation politique tendue (y compris un antisémitisme croissant). Cependant, elle comptait trois millions de Juifs polonais et le pays était devenu une plaque tournante du cinéma juif de l’entre-deux-guerres.

Dans les premières décennies du 20e siècle, l’industrie cinématographique polonaise était presque entièrement aux mains des Juifs. Ainsi, comme l’écrit Natan Gross, il n’y a eu « aucun film antisémite produit en Pologne pendant les vingt années de l’entre-deux-guerres ».

Les producteurs les plus influents de l’époque étaient juifs : Józef Green, Leo Forbert et les frères Ginzburg, par exemple. Tout comme les réalisateurs les plus talentueux : Aleksander Ford (Mosze Lifszyc), Józef Lejtes, Konrad Tom, Henryk Szaro (Szapiro) ainsi que Michał Waszyński (Mosze Waksberg). Parmi ceux-ci, Waszyński sera l’auteur de ce qui deviendra le film yiddish le plus célèbre : Le Dibbouk (Dybuk) de 1937, basé sur une pièce de Szymin An-Sky.

L’expansion du Cinéma Yiddish

Cependant, l’antisémitisme croissant dans les années 20 et 30 a conduit un certain nombre d’entrepreneurs et d’artistes juifs à quitter la Pologne. Ils fuyaient les fréquents pogroms et l’extrême pauvreté qui se répandait dans toute la Galicie autrichienne. Hollywood était l’une des destinations les plus prisées. Alors qu’à Los Angeles, les Juifs polonais ont créé les studios de cinéma les plus grands et les plus notables : MGM et Warner Bros, Broadway a été créé, entre autres, par les frères Shubert de Wejherowo, en Pologne.

Sam Goldwyn, plus connu pour avoir été le contributeur fondateur et le dirigeant de plusieurs studios cinématographiques à Hollywood, est né à Varsovie sous le nom de Szmul Gelbfisz. Avant de se lancer dans le cinéma, il était dans le commerce des gants. Il a ensuite changé deux fois de nom. Tout d’abord, Samuel Geldfisz est devenu Sam Goldfish. Ensuite, après avoir créé Goldwyn Productions avec les frères Selwyn, Goldfish est devenu Goldwyn. Il savait qu’il avait trouvé une mine d’or à Hollywood et voulait associer la marque à sa personne. Cela n’a pas empêché ses partenaires de le forcer à vendre ses parts. Il les vendit pour un million de dollars, une somme impensable pour l’époque.

Un succès à l’étranger

De plus, d’autres immigrants polonais, les quatre frères Aaron, Hirsz, Szmuel et Izaak Wonsal, laisseront également leur empreinte dans l’histoire. Leur père a émigré de Pologne dans les années 1880 et a commencé une nouvelle vie en tant que Warner. Ils ont d’abord vécu au Canada, puis se sont installés aux États-Unis. En 1903, désireux de se lancer dans la nouvelle industrie cinématographique en plein essor, Albert et Sam (Aaron et Szmuel) ont ouvert leur premier théâtre, le Cascade, qu’ils ont rapidement transformé en cinéma. Ensuite, quatre ans plus tard, ils possédaient une chaîne de 15 cinémas et se sont rapidement lancés dans la distribution et la location de films.

Puis en 1918, les frères Warner achètent des biens immobiliers et créent le studio de cinéma Warner Features. Il s’agit du troisième studio de cinéma d’Hollywood après Paramount et Universal (cofondé par Mark M. Dintefass, un émigré venant de Tarnów).

Grâce au succès des films mettant en scène Rin Tin Tin, le chien berger allemand, les Warner Bros. deviennent des magnats du cinéma. En 1927, ils ont sorti le premier « talkie » au monde (long métrage avec son synchronisé), The Jazz Singer d’Alan Crosland et (comme l’a prédit Al Jolson dans ce film marquant) « vous n’avez encore rien entendu ! ». Puis deux ans plus tard, les Warner présentent au monde le premier long métrage entièrement en couleur : On with the Show (1929). Depuis, leur société a produit des milliers de films et continue d’être un leader mondial.

Pola Negri

Affiche de Pola Negri.

Les stars de l’époque du cinéma muet étaient nombreuses. Pola Negri (née Apolonia Chałupiec), une immigrée polonaise, était l’une des plus marquantes.

Le début de la vie de Negri est marqué par le départ de son père. Celui-ci est arrêté en 1902 par les Russes et envoyé en Sibérie. Ensuite, elle s’installe à Varsovie avec sa mère, où elle s’inscrit à l’Académie impériale de ballet (Imperial Academy of Ballet). Puis après une période de difficultés financières, elle entame un nouveau chapitre de sa vie en 1908. En effet, elle fait ses débuts dans le Lac des cygnes de Tchaïkovski. Elle reçoit les éloges de la critique.

Pola Negri gravit les échelons. Elle donne une représentation solo de la production du ballet de Saint-Léon, Coppélia, qui remporte un nouveau succès commercial.

Les Débuts au Cinéma

En 1914, Pola Negri fait ses débuts dans son premier film Niewolnica Zmysłów (Pola, la danseuse), réalisé par Jan Pawłowski. Elle devient la première actrice polonaise à entretenir à l’écran une telle image de désir et d’intrigue. Pendant la Première Guerre mondiale, les films d’Alexander Hertz avec Pola Negri se retrouvent sur le marché allemand.

Sa popularité dans toute l’Europe s’accroît, à tel point que Richard Ordyński l’invite à Berlin pour jouer dans une production de reprise de Sumurun, mise en scène par Max Reinhard au Deutsches Theatre de Berlin.

Alors qu’elle vit et joue à Berlin, Pola signe d’abord avec Saturn Films, jouant dans des films tels que Mania (1918). Par la suite, elle a signé entièrement avec UFA et Lubitsch a convaincu le studio de créer un film haut de gamme avec Pola comme vedette. De cette aventure sont nés les films suivants, tous plus grands les uns que les autres : Les Yeux de la momie, Carmen (1918) et La Du Barry (1919).

Lorsque, après l’un de ses voyages en Europe, on demanda à Charles Chaplin ce qu’il avait trouvé d’intéressant en Europe, il répondit : Pola Negri. Avec son aide et celle d’autres personnes, Negri devient une star d’Hollywood des années 1920.

À l’été 1927, elle part à Paris pour épouser le prince géorgien Serge Mdivani. Way of Lost Souls (également connu sous le titre The Woman He Scorned), sorti en 1929, est le dernier film muet de Negri. Sa carrière s’est terminée avec le début des films parlants.

L’école de Cinéma de Łódź – le Berceau des Cinéastes Polonais

Logo de l'Ecole de cinéma de Lodz.
Logo de l’Ecole de cinéma de Lodz

L’industrie cinématographique polonaise a cessé de fonctionner pendant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, après la guerre, la Łódź Film School (Państwowa Szkola Filmowa) a constitué le socle du cinéma polonais renaissant. L’école a ouvert ses portes le 8 octobre 1948. Parmi ses étudiants figuraient des noms qui allaient entrer dans les livres d’histoire. Andrzej Munk, Andrzej Wajda, Janusz Morgenstern et Kazimierz Kutz, les documentaristes Kazimierz Karabasz et Andrzej Brzozowski ainsi que les cinéastes Jerzy Wójcik, Witold Sobociński, Mieczysław Jahoda et Wiesław Zdort, sont des anciens élèves.

La vie culturelle et artistique d’après-guerre en Pologne s’est déployée lentement et a dû s’accommoder au début de la censure. Dans ce contexte, l’école de cinéma Łódź était progressiste et innovante, un véritable bastion de la liberté artistique. Les professeurs et les étudiants suivaient les tendances de l’avant-garde européenne, lisaient les œuvres du théâtre de l’absurde et vénéraient les analyses psychologiques profondes de Witold Gombrowicz et Franz Kafka. C’était l’un des rares endroits du pays à projeter des films étrangers, des classiques européens et les œuvres les plus récentes de l’école néoréaliste italienne. Ses salles de cinéma pouvaient à peine contenir les masses d’étudiants et de visiteurs qui voulaient voir quelque chose d’unique.

Parmi les maîtres lancés par Łódź, nous pouvons citer Andrzej Wajda, Krzysztof Kieślowski, Roman Polański, Andrzej Munk, Krzysztof Zanussi et Marek Koterski. Au fil des années, l’école a continué à former une génération de cinéastes. Parmi ses diplômés les plus récents figurent Wojciech Smarzowski, Małgośka Szumowska, Jan Jakub Kolski, Krzysztof Krauze et Andrzej Jakimowski. En 2014, l’École nationale de cinéma, de télévision et de théâtre Leon Schiller de Łódź a été classée parmi les meilleures écoles internationales de cinéma par The Hollywood Reporter.

L’Après-Guerre

Scène du film Ulica graniczna  d'Aleksander Ford, sorti en 1948.
Ulica graniczna, Aleksander Ford, 1948

Peu après la guerre, le rôle du cinéma au sein de la société et sa relation avec le gouvernement ont été décidés. Le régime communiste voit dans le cinéma un outil de propagande. Cet outil permettra la construction d’un pays véritablement socialiste.

Les œuvres des réalisateurs de documentaires et de longs métrages sont marquées par le réalisme social. Le premier film polonais fidèle au réalisme social et présentant une vision du socialisme favorable à la classe dirigeante est Jasne łany d’Eugeniusz Cękalski. Il y en avait beaucoup d’autres : Uczta Baltazara (Belshazzar’s feast en anglais) de Jerzy Zarzycki et Jerzy Passendorf de 1954, et Przygoda na Mariensztacie de Leonard Buczkowski de 1953 (le premier film polonais en technicolor). Les premiers films des grands ont également été affectés par le dogme du réalisme social. Par exemple, Celuloza de Jerzy Kawalerowicz, Génération d’Andrzej Wajda ou Les Cinq de la rue Barska (Piątka z ulicy Barskiej) d’Aleksander Ford.

Des Films qui Racontent la Guerre

Dans toute l’Europe, des années de guerre douloureuse ont engendré un besoin de films qui pansent les plaies. En Pologne par exemple, Chansons Interdites (Zakazane piosenki) de Leonard Buczkowski, qui montre la vie quotidienne dans la Varsovie occupée, répond à cet appel.

De plus le film Les Cinq de la rue Barska (Piątka z ulicy Barskiej) d’Aleksander Ford était l’un des meilleurs films des années 50. Les efforts du réalisateur ont été récompensés au Festival de Cannes de 1954.

D’autres films ont également séduit le public étranger. Par exemple, La Dernière Etape (Ostatni etap) de Wanda Jakubowska, basé sur l’histoire vraie d’un prisonnier à Auschwitz-Birkenau. Le film a été projeté dans 50 pays. En France, il a été vu par 2,8 millions de spectateurs. En 1950, Wanda Jakubowska a reçu le prix international de la paix du Conseil mondial de la paix. Parmi les lauréats de la même année figuraient Pablo Neruda et Pablo Picasso.

Le drame de guerre d’Aleksander Ford de 1948, Ulica graniczna, est également très populaire dans toute l’Europe. L’histoire traite des enfants juifs et polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film a rassemblé près d’un million de spectateurs en France.

L’Ecole Polonaise du Cinéma

Wajda et Kutz pendant la réalisation du film Kanal sorti en 1957.
Wajda et Kutz pendant la réalisation du film Kanal, 1957

La Naissance de l’Ecole Polonaise du Cinéma

Puis des cendres de la guerre, un courant cinématographique est né dans les années 1950 : l’Ecole polonaise du cinéma. Ses adeptes avaient pour objectif de créer des œuvres qui aideraient à surmonter la guerre. La plupart de ses étudiants appartenaient à la génération née dans les années 1920. La guerre avait interrompu et ruiné leur vie de jeunes adultes, et ils tenaient absolument à montrer ses conséquences devant la caméra. Ce courant était représenté par plusieurs réalisateurs : Andrzej Wajda, Andrzej Munk, Jerzy Kawalerowicz et Wojciech Jerzy Has.

En 1956, des changements dans le climat politique permettent à l’Ecole polonaise du cinéma de faire surface. Les artistes commencent à rejetter le réalisme social et également ce qu’il représente. Ils ont un autre objectif en tête. En effet, ils veulent libérer l’art d’un romantisme excessif et également de l’utilisation de mythes nationaux.

Le critique de cinéma Zygmunt Kałużyński écrit en 1959 :  » C’était une répression de l’idéal répandu d’être un héros à tout prix, du culte du patriotisme aveugle […] (« Film » 48/1959)

Après la mort de Staline, l’influence de l’Union soviétique sur la Pologne commence à se relâcher. Les dirigeants communistes polonais autorisent la création d’unités de production. Les plus grands réalisateurs de l’époque font partie du mouvement.

Le professeur Tadeusz Lubelski, critique de cinéma, écrit :

Dans un pays où il n’y avait toujours pas de débat sur la guerre qui venait de s’achever, les films produits par l’École du cinéma polonais se proposaient d’engager le public dans un dialogue émotionnel profond qui s’avérerait thérapeutique. À travers des histoires qui se déroulent dans un passé proche, ils abordent différents sujets d’actualité : la spiritualité des Polonais et leurs perspectives d’avenir.

Un Impact Important sur le Cinéma

Parmi les exemples de films de l’Ecole polonaise du cinéma, citons le film Kanal d’Andrzej Wajda (1956), primé au Festival de Cannes en 1957, ses Cendres et Diamant (1958) et La Dernière Charge (Lotna, 1959). Citons aussi les films d’Andrzej Munk : Un homme sur la voie (1956), Eroica (1957) et Bad Luck (De la Veine à Revendre, 1959).

Les deux réalisateurs ont analysé les mêmes sujets dans leurs créations. Ils ont parlé de l’histoire de la Pologne, de la défaite nationale, de l’honneur, du patriotisme ainsi que de la responsabilité envers la patrie. Tout en exprimant leur croyance en ces valeurs, ils les remettent simultanément en question.

L’Ecole polonaise du cinéma est également connue pour la création de films psychologiques et existentiels. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer Le Noeud coulant (1957), Les Adieux (1958) et Chambre Commune (1959) de Wojciech Jerzy Has. Citons également La vraie fin de la guerre (1957), Train de nuit (1959) et Mère Jeanne des anges (1960) de Jerzy Kawalerowicz. Dans le même ordre d’idées, citons Le dernier jour de l’été (1958) et La Toussaint (1961) de Tadeusz Konwicki.

Cependant on ne doit pas surestimer l’impact de l’école polonaise de cinéma sur le cinéma mondial.

Martin Scorsese, qui est titulaire d’un doctorat honorifique de l’école de cinéma de Łódź, a fait le commentaire suivant :

Je ne peux pas expliquer comment votre cinéma (de Wajda, Polański, à Skolimowski, tout le lot) a influencé ma production cinématographique. Mais c’est toujours le cas. À un moment donné, j’ai compris que lorsque je voulais faire comprendre quelque chose aux acteurs ou aux directeurs de la photographie, je leur montrais des films polonais des années 1950.

Andrzej Wajda – un Réalisateur d’Importance Nationale

Photo d'Andrzej Wajda.

Ensuite, il est impossible de parler de cinéma polonais sans mentionner Andrzej Wajda. Pendant des années, il a été la voix d’une génération, ses films reflétant l’évolution de la situation sociale et politique. Bien qu’il ne s’agisse pas de films documentaires, ses œuvres cinématographiques sont comme des livres d’histoire sur pellicule. Au début de sa carrière, ses films traitaient de la guerre ; plus tard, avec les films l’Homme de marbre et l’Homme de fer, il a montré le mouvement Solidarność et le rôle qu’il a joué dans l’étouffement du communisme. Acclamé dans le monde entier, il a aussi un public fidèle au Japon. En 2000, il a reçu un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Wajda n’avait pas prévu de devenir réalisateur. Il a étudié la peinture à Cracovie, et lorsqu’il a abandonné ses cours, il a décidé de s’essayer à la réalisation de films. Il s’inscrit à l’école de cinéma de Łódź. La peinture continue d’influencer son approche cinématographique. Il prête attention à la couche visuelle de ses films, faisant souvent référence à des peintures polonaises classiques dans des films comme Cendres et Diamant, Le Bois de bouleaux ou Les Noces.

Des Films Historiques, Porte-paroles de l’Histoire de la Pologne

Cendres et Diamant est une œuvre importante. Elle a défini la manière dont les Polonais ont perçu leur pays après la guerre. Dans un autre film, Une fille a parlé (aussi appelé Génération), Wajda a été le premier à faire la lumière sur le destin tragique de la « génération des Colombes ». Il s’agit de la génération de Polonais née peu après que la Pologne a retrouvé son indépendance en 1918 et dont l’adolescence a été marquée par la Seconde Guerre mondiale.

La Dernière Charge, son premier film en couleur, est un portrait cruel du romantisme polonais, L’homme de marbre attire l’attention sur les mensonges répandus par le gouvernement communiste, et sa suite, L’homme de fer, garantit que Solidarność et la lutte contre le communisme ne seront jamais oubliés.

Wajda n’a jamais cessé de démonter les mythes nationaux dans ses films. Dans une société qui vénérait les héros nationaux, il a raconté des histoires d’héroïsme, mais les a terminées par son geste caractéristique : la question : et alors, à quoi bon ? En faisant cela, il ne s’est pas attiré les faveurs de la majorité de la population. Mais d’une manière étrange, c’est ce qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui : l’un des plus grandes experts sur la culture polonaise.

Des Films qui Dénoncent

Bien que les films historiques aient été son gagne pain, Wajda a très tôt réalisé d’autres types de films. Dans le film nouvelle vague Les Innocents charmeurs (1960), il a montré les jeunes rebelles et marginalisés de la génération du jazz. Tout est à vendre, tourné après la mort tragique de son ami, le célèbre acteur Zbigniew Cybulski en 1968, dresse un triste autoportrait du milieu artistique. Dans Le Bois de bouleaux (1970), basé sur une histoire de Jarosław Iwaszkiewicz, il aborde le thème de la mort et illustre la danse poétique d’Eros et Thanatos.

La Terre de la grande promesse, tableau de la réalité incivile du capitalisme à la fin du XIXe siècle, est l’un des plus grands films du cinéma polonais. En 2007, Wajda a créé l’un des films les plus personnels de sa carrière. Nommé aux Oscars, Katyń est l’histoire réelle des massacres qui ont eu lieu en avril et mai 1940, lorsque quelque 22 000 citoyens polonais furent assassinés par la police secrète soviétique : le NKVD. Ces événements revêtent une importance personnelle pour Wajda, dont la famille a directement souffert de cette tragédie.

Andrzej Munk

Andrzej Munk.

Une autre figure importante de l’Ecole du cinéma polonais. Wajda a utilisé des histoires d’héroïsme et de romantisme pour aider les Polonais à se remettre de la guerre. Munk, quant à lui, utilisait le rationalisme pour critiquer le romantisme polonais.

« Le style de Munk », écrit Jackiewicz à propos d’Eroica (1957) et de Bad Luck (De la Veine à Revendre, 1960), « rompt clairement avec le lyrisme du reste de l’école. Ses films doivent plutôt être comparés à des contes philosophiques du XVIIIe siècle qu’à des poèmes narratifs comme ceux de Wajda. L’essence de Munk était le réalisme avec quelques éléments para-documentaires […] ses métaphores ressemblaient plus au surréalisme des comédies de Chaplin qu’à celui de Bunuel, comme Wajda. »

Avant de devenir célèbre avec Eroica et Bad Luck (De la Veine à Revendre), Munk était un réalisateur de documentaires. Respectant les lignes directrices de la doctrine sociale réaliste et les exagérant parfois, il filme les conditions de travail des cheminots et des mineurs.

Avec seulement trois longs métrages à son actif, il est devenu l’un des cinéastes les plus importants de sa génération. Un Homme sur la vie, souvent appelé le Citizen Kane polonais, est l’histoire d’un cheminot au chômage. Dans d’autres films, il s’attaque à la guerre. Dans Eroica et Bad Luck, il utilise l’ironie et l’objectivité pour discuter des événements récents en Pologne, du traumatisme de la guerre et de la vénération de l’héroïsme. Eroica fut qualifié de film « anti-héroïque ».

« Nous voulions montrer comment la diffusion de l’idéal d’être un héros à tout prix influence des individus qui ne sont pas des héros naturels et comment elle les transforme en héros », a déclaré le réalisateur dans une interview.

Munk meurt dans un accident de voiture en 1961, laissant derrière lui une œuvre inachevée : La Passagère.

Les Années 60

Parallèlement à l’École polonaise du cinéma, un nouveau courant apparaît dans le cinéma au milieu des années 60. On l’a surnommé « le troisième cinéma polonais ». Il fait suite aux premiers efforts cinématographiques de l’après-guerre, qui conservaient le style d’avant-guerre. Mais le mouvement fait aussi suite à la mise au pas de l’École polonaise du cinéma formée par des personnes ayant participé à la Seconde Guerre mondiale, de jeunes artistes entrent en scène. Ils avaient été élevés après la guerre et n’avaient donc connu que la réalité de l’après-guerre. C’était la fin de l’ère stalinienne. Et au lieu d’accepter l’histoire de la nation et de construire une patrie socialiste, ces jeunes cinéastes parlaient de leur vie quotidienne, de leurs choix moraux, de leur opportunisme et de leur peur de l’âge adulte.

Jerzy Skolimowski

Photo en noir et blanc de Jerzy Skolimowski.

Jerzy Skolimowski mérite d’être considéré comme le principal représentant de cette génération de cinéastes polonais.

Des Premiers Films en Pologne…

Réalisateur, scénariste, acteur, poète et peintre : Skolimowski est beaucoup de choses. Dans sa jeunesse, il était boxeur. Il a ensuite réalisé un court métrage intitulé Boks, qui a remporté le Grand Prix du Festival international du film sportif de Budapest en 1962. Il fait ses débuts de scénariste en 1960 en écrivant Les Innocents charmeurs (Niewinni czarodzieje), réalisé par Andrzej Wajda. Skolimowski est également l’auteur du scénario du Couteau dans l’eau de Roman Polański. Le premier film qu’il a réalisé est Signe particulier : néant (Rysopis), en 1964. Il a utilisé une méthode inhabituelle : il a compilé plusieurs de ses films d’étudiant en un seul long métrage.

Dans son troisième film, La Barrière (Bariera), tout en restant fidèle aux principes du « troisième cinéma polonais », Skolimowski rompt avec le réalisme et utilise le langage des symboles. Contrairement à ses autres films, La Barrière est également moins personnel en raison des interférences de la censure.

Skolimowski a rencontré des problèmes encore plus importants avec son film suivant, Haut les mains (1967). La censure n’est pas d’accord avec sa représentation des membres de l’Union de la jeunesse polonaise (une organisation de jeunesse étroitement liée au parti communiste). Dans une scène, les étudiants installent un poster de Staline et lui donnent par erreur deux paires d’yeux. En conséquence, Haut les mains a été interdit pendant de nombreuses années, avant de sortir en 1981.

… à L’Exil

Skolimowski décide d’émigrer en 1967. Les deux films qu’il réalise pendant ses premières années à l’étranger, Le Départ et Deep End (également intitulé Grand Bain), semblent définir une nouvelle voie pour le réalisateur.

En 1991, il sort Ferdydurke, basé sur le roman du même nom de Witold Gombrowicz, une œuvre dont l’artiste est très insatisfait. Ceci le conduit à abandonner la profession pendant 17 ans. Il fait un retour réussi en 2008 avec Quatre nuits avec Anna.

Il ne s’est pas arrêté là. En 2012, il a tourné Essential Killing : l’histoire d’un prisonnier afghan qui s’échappe d’une prison européenne secrète de la CIA et doit survivre dans la nature. Le scénario du film a été écrit par Skolimowski, âgé de 72 ans, en l’espace de quelques jours et inspiré par les comptes rendus des médias sur les prisons secrètes de la CIA en Pologne.

Wojciech Jerzy Has

Il y a eu beaucoup de grands cinéastes dans le cinéma polonais. Wojciech Jerzy Has, créateur d’univers visuels uniques et inoubliables, était l’un d’entre eux.

Un Visionnaire

On considère souvent Has comme un visionnaire du cinéma polonais. Les critiques notent qu’il a créé un ensemble d’œuvres étonnamment cohérentes dans leur poésie, comme si le réalisateur racontait la même histoire de différentes manières. Il a créé son propre monde dans pratiquement chaque film. Les aventures de ses protagonistes, sont toujours secondaires par rapport à l’environnement visuel dans lequel se déroule l’action. Ces mondes sont comme des voyages dans le labyrinthe du temps avec un rythme narratif particulier et l’utilisation d’objets étranges (les critiques utilisent souvent le terme polonais « rupieciarnia » : un débarras). 

Has explique : « Dans le rêve qu’est un film, on a souvent une boucle temporelle singulière. Les choses du passé, les questions qui ont disparu depuis longtemps, se superposent à la réalité actuelle. Le subconscient envahit la réalité. Les rêves nous permettent ainsi de révéler, de montrer l’avenir ».

Il a évité toute connotation politique ou commerciale dans son travail, ce qui l’a souvent éloigné de l’industrie de la propagande. Bien qu’il ait produit ses films les plus importants à l’apogée de la célèbre École polonaise du cinéma, ses films étaient stylistiquement différents. Un autre réalisateur, Aleksander Jackiewicz, a dit de Has que s’il avait été peintre, « il aurait sûrement été surréaliste. Il aurait redessiné des objets anciens avec tous leurs accessoires réels et les aurait juxtaposés de manière inattendue ».

Ses Oeuvres les Plus Connues

Dans sa vie privée, il était solitaire, plutôt grincheux et peu communicatif, mais il parlait à travers son œuvre. Ses films les plus connus, Le Manuscrit trouvé à Saragosse (1965) et La Clepsydre (1973), sont des classiques cultes du cinéma mondial.

Le Manuscrit trouvé à Saragosse a de nombreux fans. Parmi ceux-ci, citons par exemple Luis Buñuel, Pedro Almodóvar, David Lynch, Francis Ford Coppola et Martin Scorsese.

En 1998, Scorsese a participé à la restauration des œuvres délabrées, et dans le cadre de la série Martin Scorsese and Francis Ford Coppola Present, le film est sorti en DVD aux États-Unis en 2002.

Jerzy Kawalerowicz

Tout comme Wojciech Has, Jerzy Kawalerowicz était un autre outsider de l’Ecole polonaise du cinéma.

Alors que l’école de cinéma polonaise était occupée à analyser le sort des Polonais, Kawalerowicz a choisi des thèmes plus universels.

Ses premiers films sont néo-réalistes. Il utilisait ce style pour poétiser une réalité quotidienne ennuyeuse. Il a rapidement été reconnu comme un excellent observateur de la réalité et un portraitiste de personnages authentiques à travers une imagerie visuelle sensible. 

On connaît surtout Kawalerowicz pour ses films Mère Jeanne des anges (lauréat de la Palme d’argent du prix spécial du jury au FIF de Cannes en 1961) et Pharaon (nommé aux Oscars en 1967). Ces deux films sont des exemples du style de mise en scène de Kawalerowcz.

« Il était le meilleur artisan parmi les artistes du cinéma polonais. Ce qui, bien sûr, est un compliment », écrit Łukasz Maciejewski dans la critique Film, « Son cinéma était mondain, européen et intemporel. […] Alors que ses collègues cinéastes polonais se référaient à la période passée de la Jeune Pologne et du romantisme, il ornait la poésie de la prose. » (Film, 2008, n° 2)

Malgré la diversité des sujets qu’il a abordés, une tendance dominante se dégage de sa production artistique : une opposition profondément ancrée et instinctive à toute émotivité individuelle et collective débridée. Cette approche est allée de pair avec le rejet du romantisme. La critique de cinéma Maria Kornatowska a déclaré qu’il préférait « le regard et l’œil du sage » aux « sentiments et à la foi ».

Jerzy Hoffman

Photo couleur de Jerzy Hoffman.

Les années 60 du cinéma polonais sont dominées par les drames historiques et les costume dramas. Jerzy Kawalerowicz est nommé aux Oscars pour son long métrage de 1965, Pharaon. Il s’agit d’un film à gros budget qui se déroule dans l’Égypte ancienne. Andrzej Wajda a déclenché un débat national avec son adaptation d’un roman de Stefan Żeromski – le drame d’époque Cendres (1966). Dans ce film, Wajda a ouvertement critiqué la tradition polonaise du romantisme. Pendant ce temps, le public polonais et international est impressionné par l’onirique Manuscrit trouvé à Saragosse (1965) de Wojciech Jerzy Has.

Mais le parrain des drames d’époque polonais est Jerzy Hoffman. Au départ, Hoffman réalise des films documentaires provocateurs. En 1969 il devient célèbre avec son premier film, Colonel Wołodyjowski, basé sur un roman de Henryk Sienkiewicz.

Sienkiewicz (1846-1916) a écrit des romans historiques destinés à élever le moral de la nation. Avec son adaptation en noir et blanc du Colonel Wołodyjowski, Hoffman a commencé à être considéré comme un spécialiste des films de divertissement, et il en a donc réalisé davantage. Le Déluge, une autre adaptation de Sienkiewicz, est considéré comme sa plus grande réussite. Réalisé en 1974, ce film de cinq heures comporte à la fois de l’action et de la romance. Le film se déroule au XVIIe siècle, pendant l’invasion suédoise du Commonwealth polono-lituanien de 1655 à 1658, connue sous le nom de « Déluge », qui a finalement été contrecarrée par les forces polono-lituaniennes. Le protagoniste est un soldat courageux qui risque sa vie pour sauver sa patrie et tombe amoureux d’une Polonaise, Aleksandra Billewicz.

Le film d’Hoffman, nommé aux Oscars, mêle mélodrame et aventure. Il a été nommé aux Oscars en 1975. Plus de 27 millions de spectateurs ont vu le film dans les cinémas et des millions d’autres à la télévision.

Le cinéma de l’angoisse morale (1976-1981)

De grands changements se produisent dans le cinéma polonais dans les années 70. Les sujets historiques ne sont plus au premier plan. Les cinéastes polonais ont commencé à s’intéresser aux aspects psychologiques de la réalité quotidienne en République populaire de Pologne. Ils évoquent la vie dans les petites villes et à la campagne, la corruption, le népotisme et le choc entre les idéaux communistes et les problèmes d’un État communiste.

Un discours prononcé par Andrzej Wajda et Krzysztof Zanussi lors du Forum des cinéastes à Gdańsk en 1975 a marqué le début du nouveau courant. Les cinéastes ont accusé les dirigeants communistes d’étouffer la liberté artistique et d’entraver la possibilité de tenir un débat public sur des questions sociales et politiques essentielles.

Janusz Kijowski, qui a inventé le terme « cinéma de l’angoisse morale », explique que l’angoisse morale est le fondement du cinéma car « l’angoisse est conflit, conflit d’intérêts […] En Pologne, à la fin des années 70, le terme avait une autre connotation. Pour le parti au pouvoir, il était iconoclaste parce que ceux qui étaient au pouvoir craignaient tous les mots nobles. La morale était une de ces choses qui ne fonctionnait pas sans un adjectif socialiste collé dessus. Ils étaient menacés par les références au décalogue, aux principes, aux valeurs non systématiques qui n’étaient pas cautionnées par le parti communiste. »


Le premier film « d’angoisse morale » fut Personnel de Kieślowski en 1976. C’était également son premier long métrage. Cependant, le courant a atteint son apogée après la sortie de L’Homme de marbre d’Andrzej Wajda. Les œuvres les plus importantes du « cinéma de l’angoisse morale » sont Acteurs provinciaux et Une femme seule d’Agnieszka Holland, Le Camouflage, Illumination et La Constante de Krzysztof Zanussi, Top Dog de Feliks Falk, Sans anesthésie (Bez znieczulenia) de Wajda et Le Hasard (Przypadek) de Kieślowski.

Krzysztof Zanussi

Photo de Krzysztof Zanussi en train de parler dans un micro.

Krzysztof Zanussi n’était pas directement lié au « cinéma de l’angoisse morale ». Ses films ne peuvent pas être considérés comme s’inscrivant dans une voie ou une tendance clairement définie du cinéma polonais ou international. 

Il a déclaré,

« Mes films sont principalement issus de la littérature, et sont une sorte de discours humain. L’idée du cinéma visuel a toujours suscité mes doutes. »

(Film magazine, 1992 n° 17)

Dans les années 70, Zanussi a réalisé La Vie de famille (Życie rodzinne), Derrière le mur, Illumination (Iluminacja), Le Camouflage (Barwy ochronne) et Spirale (Spirala). Tous ces films avaient un protagoniste construit sur le même principe : un homme confronté à un choix entre des valeurs et la tentation de les rejeter.

On considère les films de Zanussi comme des exemples de « cinéma d’auteur ». Il a écrit le scénario de presque tous ses films. Zanussi a exploré les problèmes éternels de l’amour, de la mort, du bonheur et de la conscience.

Le critique de cinéma Andrzej Luter a déclaré que les films de Zanussi sont existentiels :

« Dans ses films, Zanussi nous provoque. Il nous pose des questions essentielles : la richesse spirituelle, la religion et la foi peuvent-elles être une réponse suffisante et convaincante contre le mal et la souffrance, qui n’a en soi aucun sens, et peuvent-elles être une réponse suffisante au mystère de la mort ? »

(Kino 2009, n° 6)

Krzysztof Kieślowski

Photo en noir et blanc de Krzysztof Kieślowski.

Les documentaires ont été le premier grand amour de Krzysztof Kieślowski. Aujourd’hui, alors que ses succès mondiaux en tant que réalisateur de longs métrages ont occulté ses documentaires, les ont éclipsés, on oublie en quelque sorte à quel point les années de documentaire qui ont précédé ce succès ont façonné l’identité artistique de Kieślowski et combien ses longs métrages doivent à son expérience de documentariste.

Le genre documentaire lui a appris à être un observateur immobile de la réalité. C’est de ce point de vue qu’il a filmé ses premiers longs métrages sur le côté obscur du socialisme  : Personnel et L’Amateur.

1985 marque le début de la longue collaboration de Kieślowski sur des scénarios avec le célèbre avocat de Varsovie Krzysztof Piesiewicz. Ensemble, ils ont réalisé plusieurs films : Sans fin (Bez końca), Tu ne tueras point (Krótki film o zabijaniu), Brève histoire d’amour (Krótki film o miłości), Le Décalogue (Dekalog), La double vie de Véronique (Podwójne życie Weroniki) et Trois Couleurs (Trzy kolory). Au début des années 90, Kieślowski abandonne la poésie réaliste pour le langage du mystique. Ses films ont reçu des éloges internationaux.

Après avoir terminé la trilogie des Trois Couleurs (1993-94), Kieślowski annonce qu’il abandonne la profession de cinéaste. Durant les derniers mois de sa vie, il a travaillé avec Piesiewicz sur le scénario d’un triptyque composé d’œuvres intitulées Paradis, Purgatoire et Enfer. En 2002, le long métrage Heaven du réalisateur allemand Tom Tykwer, produit en Allemagne et en Italie, était basé sur le scénario de Kieślowski et de Piesiewicz pour la première partie de la trilogie inachevée.

Marek Koterski

Photo en couleur de Marek Koterski.

« Depuis Kieślowski, le cinéma polonais n’avait pas vu un auteur aussi persévérant », a déclaré le critique Tadeusz Sobolewski à propos de Marek Koterski.

Ses films autobiographiques sont thérapeutiques. Avec Nothing Funny (Nic Śmiesznego, 1995), The House of Fools (Dom Wariatów,1984), Le Jour des fous (Dom Wariatów, 2002) et We’re All Christs (Wszyscy Jesteśmy Chrystusami, 2006), il a prouvé qu’il méritait d’être considéré comme l’un des meilleurs réalisateurs polonais. À travers ses films, Koterski parle de ses propres limites, de ses faiblesses, de sa misogynie, de sa crédulité, de son arrogance et de sa mesquinerie avec conscience de soi et humour. Ces traits commencent à paraître caractéristiques au spectateur.

« Ce n’est que du pseudo-exhibitionnisme. Koterski se rend médiocre pour que chacun puisse se découvrir dans l’un de ses protagonistes », écrit Tadeusz Sobolewski dans Gazeta Wyborcza. Les critiques ont comparé Koterski à Harvey Pekar, auteur américain de bandes dessinées underground, critique musical et personnalité médiatique.

Le Polonais considère le rire, l’ironie, l’absurde comme une bouée de sauvetage qui nous aide à nous tenir bon.

Roman Polański

Photo en couleur de Roman Polański.

Le cinéaste polonais le plus reconnu, Roman Polański a débuté comme acteur dès son enfance dans un théâtre de Cracovie. Ses talents d’acteur lui prédisaient un avenir dans l’industrie cinématographique, mais devant la caméra plutôt que derrière.

Il fut découvert par Antoni Bohdziewicz, un réalisateur et pédagogue qui a vu Polański sur scène pour la première fois en 1953. Il lui a offert un rôle dans le film Trzy opowieści (Trois histoires). Peu de temps après, le futur réalisateur a joué dans le grand premier film d’Andrzej Wajda : Génération. Ce film a marqué le début du chemin de Polanski car il l’a incité à étudier la réalisation. Il a étudié à l’école de cinéma de Łódź.

Dès le début, les films de Polański étaient difficiles à classer selon les normes polonaises. Il ne s’intéressait pas aux mêmes sujets que les autres réalisateurs en herbe. Ses films n’abordaient pas les traumatismes nationaux et l’histoire. Il a créé son propre univers cinématographique. Il s’attaque à la solitude et à la mémoire, à la sexualité comme outil de domination et à la relation entre les pulsions humaines et les rôles sociaux.

Après Le Couteau dans l’eau, en 1962, Polański part pour la France. Ses films sont récompensés dans les festivals internationaux : le prix FIPRESCI à Venise, des mentions spéciales à Téhéran et à Panama, et une nomination à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1963 (il perd face à 8 1/2 de Fellini).

Ce succès permet à Polański de poursuivre ses projets cinématographiques. Après avoir tourné Répulsion et Cul de sac, Polański se rend à Hollywood, où il réalise les chefs-d’œuvre Rosemary’s Baby et Chinatown.

L’affaire Polanski

Il est arrêté aux États-Unis en mars 1977 et accusé d’avoir séduit et violé Samantha Geimer, alors mineure. Après une année de bataille au tribunal (Polański se souvient des abus du juge :  » J’ai été traité comme une souris avec laquelle un énorme chat qui s’ennuie s’amuse, tout simplement « ). Il fuit les États-Unis quelques heures avant la proclamation officielle de la sentence, pour ne plus jamais y retourner. Depuis, il a principalement tourné en France : Le Locataire, Tess, Frantic, La Vénus à la fourrure. En 2003, il reçoit l’Oscar du meilleur réalisateur pour Le Pianiste.

Agnieszka Holland

Photo en noir et blanc de Agnieszka Holland.

Aux côtés de Polański et Pawlikowski, Agnieszka Holland est la deuxième réalisatrice polonaise vivante à travailler principalement hors de Pologne. Elle a étudié à l’école de cinéma de Prague (FAMU). Après avoir obtenu son diplôme en 1971, Holland rentre en Pologne. Elle travaille comme assistante réalisatrice sur Illumination de Krzysztof Zanussi et, plus tard, sur Letters from our readers de Stanisław Latałło. Elle a également travaillé avec Andrzej Wajda et son X Film Studio. Agnieszka Holland écrit plusieurs scénarios avec Wajda avant de réaliser ses propres films, qui sont rapidement primés dans les festivals. 

En Pologne, elle a acquis une certaine notoriété en tant que membre de la Nouvelle Vague polonaise. Elle a percé sur la scène internationale avec Amère Récolte(Bittere Ernte, nominé pour l’Oscar en 1985), Europa Europa ; Olivier, Olivier, Le Jardin Secret (The Secret Garden) et Washington Square.

Elle participe à des coproductions internationales et a réalisé des épisodes des séries télévisées américaines The Wire, The Killing et Cold Case. En 2010, Agnieszka Holland est nominée pour un Emmy Award pour son travail de réalisation de l’épisode pilote de la série Treme de HBO, qui revisite la Nouvelle-Orléans après Katrina.

Ses films In Darkness (Sous la ville), ont reçu une nomination aux Oscars en 2012. Ils racontent l’histoire d’un égoutier qui décide de sauver la vie de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. La série Burning Bush, une série HBO, est sortie en 2013. Elle raconte l’histoire factuelle de Jan Palach, qui s’est immolé par le feu en 1969 en signe de protestation contre l’agression militaire des pays du Pacte de Varsovie contre la Tchécoslovaquie.

La mafia des cinéastes polonais

Photo couleur de Paweł Edelman.
Paweł Edelman

La Pologne compte de nombreux grands cinéastes qui sont les visages inconnus derrière de nombreux succès au box-office. Andrzej Sekuła a travaillé aux côtés de Quentin Tarantino sur Pulp Fiction, Groom Service (Four Rooms) et Reservoir Dogs. Janusz Kamiński est l’inséparable collaborateur de Steven Spielberg depuis La Liste de Schindler. Ils ont travaillé ensemble sur Il faut sauver le soldat Ryan.

Parmi les autres talents hors écran, citons Sławomir Idziak, qui a filmé La Chute du faucon noir (Black Hawk Down) de Ridley Scott, Bienvenue à Gattaca (Gattaca) d’Andrew Niccol et Harry Potter et l’Ordre du Phénix. Dariusz Wolski était le directeur de la photographie de Pirates des Caraïbes. Paweł Edelman a travaillé pour Polański et sur le film oscarisé Ray. Piotr Sobociński a filmé Taken de Ron Howard et Andrzej Bartkowiak était derrière la caméra sur Speed, L’Arme fatale 4, L’Avocat du diable et Le Pic de Dante.

Parmi les jeunes directeurs de la photographie polonais, citons Michał Englert, qui était le caméraman du Congrès d’Ari Folman. De plus, Magdalena Górka, qui a fait le travail de caméra pour I’m Still Here : L’année perdue de Joaquin Phoenix, un faux documentaire de 2010.

Le cinéma du début du siècle : les grands noms

Contrairement au cinéma roumain, qui a commencé à se concentrer sur la représentation de sujets spécifiques et à adapter des sens uniques de l’esthétique après l’an 2000, un nouveau courant cinématographique est apparu en Pologne et a continué à prouver sa diversité.

Wojciech Smarzowski

Photo de Wojciech Smarzowski tenant une récompense.

Parmi les créateurs du nouveau cinéma polonais figure Wojciech Smarzowski. Dans La Noce (Wesele, 2004), il a repris la pièce clé de 1901 de Stanisław Wyspiański et a actualisé son exposition critique et sarcastique de la société polonaise du XIXe siècle. Il a dessiné une caricature de la société polonaise et de tous ses péchés nationaux. Citons l’ivrognerie, l’orgueil et la désobéissance à la loi. Ses films suivants ont consolidé sa position comme l’un des commentateurs sociétaux les plus sévères après la chute du communisme. Dans The Dark House (Dom zły, 2009), il montre les marginaux qui boivent et font le mal, et critique la surutilisation de la légende du mouvement syndical Solidarność. 

Dans le film primé Rose (Róża, 2011), il s’est penché sur le thème de la guerre et de ses conséquences. Sa critique de la réalité polonaise transparaît également dans Traffic Department (Drogówka, 2013), un thriller conspirationniste sur un policier arnaqué dans un meurtre et The Mighty Angel (Pod Mocnym Aniołem, 2014), dans lequel il dresse un portrait impitoyable de la déchéance humaine.

Le comparant et le séparant de Wajda, Zdzisław Pietrasik a écrit dans le magazine Polityka,

« Smarzowski est devenu de manière inattendue le réalisateur le plus significatif de notre époque. Comme Wajda autrefois, il fait le portrait de Polonais, mais il montre des visages entièrement différents et laids. Peut-être des visages plus fidèles ? »

Andrzej Jakimowski

Photo couleur d'Andrzej Jakimowski.

Ce qui imprègne les films d’Andrzej Jakimowski, c’est sa vision du monde, totalement différente de celle de Wojtek Smarzowski. À chaque nouveau film, il construit un univers cinématographique composé de souvenirs, de petits drames humains, d’intuition et de sentiments. Chaque film est une conversation intime à laquelle il invite son spectateur. Son premier long métrage, Les Yeux entr’ouverts (Zmruz oczy), 2003), est dédié à sa fille. Il lui a montré le concept du temps. Imagine (2012), est dédié à sa femme, pour lui rappeler que l’intimité réside dans la découverte et la compréhension du monde ensemble. Entre-temps, il a tourné Un conte d’été polonais (Sztuczki, 2007), un film dans le genre du réalisme magique.

Jan Jakub Kolski

Photo couleur de Jan Jakub Kolski.

Le nouveau cinéma polonais a un autre visage : Jan Jakub Kolski.

Kolski a fait ses premiers pas dans l’industrie cinématographique dans sa jeunesse, lorsqu’il travaillait au State Film Studio de Wrocław. Il travaille ensuite comme assistant caméraman à l’antenne régionale de Wrocław de la télévision d’État polonaise. Finalement, il entre à l’école de cinéma de Łódź. Il y étudie d’abord la cinématographie, puis la réalisation, avant d’obtenir son diplôme en 1985. Kolski réalise de nombreux courts métrages, documentaires et films éducatifs.

En tant que réalisateur, il sort son premier long métrage en 1990. Il s’appelait Burial of a Potato (Pogrzeb kartofla). Depuis lors, Kolski a presque exclusivement réalisé des longs métrages. On le considère comme l’un des cinéastes les plus originaux de Pologne.

En tant que réalisateur de films d’auteur, Jan Jakub Kolski crée un monde magique et surréaliste. Il l’appelle Jańcioland (Johnnieland) : un nom qui dérive de l’un des protagonistes de Kolski et qui fait également référence au propre nom du réalisateur. Il a adapté des romans de Witold Gombrowicz (Pornographie, 2003), raconté des histoires semblables à des contes de fées (Johnnie Waterman, 1993 ; L’histoire du cinéma à Popielawy, 1998) et tourné des drames psychologiques de guerre (Keep Away from the Window, 2000).

Krzysztof Krauze

Photo de Krzysztif Krauze.

Krzysztof Krauze est un autre grand nom du cinéma polonais. Son film Debt (Dlug, 1999) a été l’un des meilleurs films de la décennie  : l’histoire de personnes obligées de faire des choix dramatiques dans un environnement dangereux et instable. My Nikifor (Mój Nikifor), tourné cinq ans plus tard, est une histoire intime sur le célèbre artiste folklorique polonais et une réflexion sur ce que signifie être un artiste. La co-scénariste du scénario était la femme du réalisateur, Joanna Kos-Krauze. My Nikifor a connu un grand succès. Il a notamment été récompensé par le Globe de cristal au festival de Karlovy Vary. 


En 2006, le duo créatif (cette fois-ci, avec Joanna Kos-Krauze comme co-réalisatrice) a tourné Saviour Square. En 2013, ils ont sorti un autre film accompli, cette fois sur le poète et chanteur polono-romain Bronisława Wajs : Papusza. Depuis le succès de La Place du Saint-Sauveur (Plac Zbawiciela) et Papusza, on considère Joanna Kos-Krauze comme l’une des meilleures réalisatrices polonaises, aux côtés d’Agnieszka Holland et de Dorota Kędzierzawska.

Dorota Kędzierzawska

Photo couleur de Dorota Kędzierzawska.

Dorota Kędzierzawska est une autre réalisatrice exceptionnelle du cinéma européen. Ses films discrets et doux montrent des personnes solitaires à la recherche de sentiments et de proximité. Elle dresse des portraits psychologiques émouvants de différents personnages, en particulier des enfants. On explore le thème de l’enfance dans Crows (Wrony, 1994), Nothing (Nic, 1998) et Tomorrow Will Be Better (Jutro będzie lepiej, 2010), pour lequel elle a remporté en 2011 le prix de la paix de la Berlinale et le grand prix du Deutsches Kinderhilfswerk.

Sa mère était une cinéaste spécialisée dans les films pour enfants, et Kędzierzawska l’accompagnait souvent sur les plateaux de tournage. Tout au long de ses études, elle continue à s’intéresser aux enfants et aux personnes âgées comme sujets de films. Ils l’ont aidée à surmonter sa propre timidité. Ses films subtils et émotionnels ne relèvent d’aucun genre particulier.

Małgośka Szumowska

Photo en couleur de Małgośka Szumowska.

Au cours de la dernière décennie, Małgośka Szumowska s’est imposée comme l’une des réalisatrices contemporaines les plus intéressantes. En 2004, elle a porté à l’écran son histoire maternelle sur la maternité, la peur prénatale de la naissance et les rôles prescrits par la société dans Stranger (Ono). Mais sa percée a eu lieu en 2008 avec 33 Scènes de la vie (33 sceny z życia). Le film est un récit autobiographique sur une jeune artiste qui lutte contre la mort de ses deux parents. 33 Scènes de la vie est aussi la première provocation cinématographique de la réalisatrice. Dans Elles (2011) et In the Name Of (2013), elle a brisé des tabous sociaux en parlant de la prostitution étudiante et de la vie érotique des ecclésiastiques.

Paweł Pawlikowski

La BBC l’a appelé « l’un des principaux cinéastes britanniques ». Le critique de cinéma Steve Blandford a trouvé « la plus pure essence de l’anglais dans le cinéma contemporain ». Alors, à quel point Paweł Pawlikowski est-il polonais ? Ce n’est pas un réalisateur polonais comme les autres. Né à Varsovie en 1957 et ayant quitté la Pologne à l’âge de 14 ans, Pawlikowski est un « cinéaste hybride » qui semble pris entre deux réalités.

Son imagination et sa façon d’illustrer sont plus proches des traditions de l’Europe occidentale que de celles de l’école polonaise de cinéma ou du « cinéma de l’angoisse morale ». Il a étudié la littérature et la philosophie à Londres et à Oxford. Il se lance dans le cinéma à l’âge de trente ans et réalise son premier long métrage à quarante ans. Pawlikowski a commencé comme réalisateur de documentaires pour la BBC Community Programme Unit et s’est fait connaître avec Moscow Pietushki en 1990. Il a réalisé d’autres documentaires pour la BBC : Serbian Epics, Dostoevsky’s Travels et Tripping with Zhirinovsky. Last Resort, son premier long métrage, reflète sa propre expérience de réfugié. Il a reçu le prix de la critique au Festival du film de Londres. My Summer of Love, sorti trois ans plus tard, a reçu un prix BAFTA.

En 2013, Pawlikowski est devenu une figure internationalement connue grâce au film Ida. Tourné en Pologne, ce drame psychologique en noir et blanc a non seulement fait la une des journaux, mais a également été nommé aux Oscars en 2015.

Meilleurs films de 2010 à 2014

Paweł Pawlikowski – Ida (2013)

L’un des films les plus primés du circuit des festivals 2013. Le film est une histoire en noir et blanc sur l’Holocauste, le stalinisme et la façon dont l’histoire brise les épines dorsales morales. C’est aussi l’histoire de deux femmes : une jeune nonne et sa tante, une juge de l’époque stalinienne connue sous le nom de Bloody Wanda. Ida est l’un des films dont l’on parle le plus en 2013/2014, et un candidat solide pour l’Oscar 2015.*

Marcin Krzyształowicz – Manhunt (Obława, 2012)

Considéré comme l’un des meilleurs films polonais de la dernière décennie, ce thriller joue un double jeu. Il s’agit à la fois d’un drame de la Seconde Guerre mondiale sur le mal qui se cache dans les humains, et d’un jeu de moralité sur les valeurs universelles. Les personnages du film sont impitoyables et brutaux, mais uniquement au nom du patriotisme et de la loyauté. Krzyształowicz a prouvé qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un gros budget pour faire du grand cinéma. Le film a remporté le Lion d’argent au festival national du film polonais de Gdynia.

Tomasz Wasilewski – Ligne d’eau (Płynące wieżowce) (2013)

Le premier film polonais sur le thème de l’homosexualité. Alors que son précédent film, Dans la chambre (W sypialni), était prometteur, avec Ligne d’eau Wasilewski se révèle être l’une des voix les plus intéressantes parmi les jeunes réalisateurs polonais. Le film ouvre une nouvelle voie dans le cinéma polonais.

Bodo Kox – La Fille de l’Armoire (Dziewczyna z szafy, 2013)

On l’a appelé le Rain Man polonais. Cette tragicomédie nous rappelle que nous sommes tous des monstres, que nous avons tous nos petits drames, nos désirs, et également nos peurs. Le film a marqué la transition de Kox du cinéma indépendant au cinéma grand public. Kox combine avec éloquence un film de conte de fées avec des images de la grise réalité polonaise.

Wojtek Smarzowski – Rose (2011)

Smarzowski invente une histoire d’amour entre un soldat de l’Armée de l’Intérieur et une femme dont le mari est mort à la guerre, tout en illustrant les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et de ses conséquences. Malgré les choses terribles qui lui sont arrivées, Rose, la protagoniste du film, est toujours capable d’aimer.

Maciej Pieprzyca – La vie est belle (Chce się żyć, 2013)

Lorsque le film de Pieprzyca a été présenté en première au Festival du film de Montréal, il a reçu deux prix : l’un du jury, l’autre du public. Le film de Pieprzyca est le premier long métrage polonais à traiter du handicap. L’histoire est librement inspirée de faits réels. Le protagoniste souffre d’infirmité motrice cérébrale et, malgré toutes les difficultés, il doit se battre pour sa dignité. Grâce à la brillante interprétation de Dawid Ogrodnik, on compara le film à My Left Foot de Jim Sheridan et à The Diving Bell and the Butterfly de Julian Schnabel.

Andrzej Jakimowski – Imagine (2012)

Le film raconte deux histoires. L’une sur l’amour et l’autre sur la réalisation de l’impossible. Alors qu’il apprend à des enfants aveugles à marcher dans la rue sans l’aide d’une canne, Ian tombe amoureux. Il est professeur, elle est élève et tous deux sont aveugles. Avec cette histoire touchante, Andrzej Jakimowski a créé un beau mélodrame plein de subtilité et de tendresse. Avec Alexandra Maria Lara et Edward Hogg.

Krzysztof Krauze, Joanna Kos-Krauze – Papusza (2013)

Film biographique du poète et chanteur polono-romain Bronisława Wajs, également connu sous le nom de Papusza. Les Krauzes ont repris là où Papusza s’est arrêté et ont créé un film qui est un poème. Il est clair, laconique, méticuleux, convoque le sentiment de solitude et illustre le rôle de l’art. L’intrigue se déroule dans les sociétés tziganes d’avant-guerre, les caravanes itinérantes et les petites villes juives d’avant-guerre.

Agnieszka Holland – Sous la ville (W ciemności, 2011)

Vingt ans après être devenue célèbre et avoir reçu une nomination aux Oscars et un Golden Globe pour Europa, Europa, Agnieszka Holland revient au sujet de l’Holocauste. Son film Sous la ville montre les actes d’un égoutier, « le Schindler polonais ». Il risque sa vie pour sauver un groupe de Juifs du ghetto de Lviv. Le film nominé aux Oscars 2012, se base sur un livre de Krystyna Chimer, l’une des personnes sauvées par l’égoutier.

Władysław Pasikowski – Aftermath (Pokłosie, 2012)

Il s’agit de l’un des films les plus controversés de ces dernières années en Pologne. Władysław Pasikowski, auparavant connu pour réaliser des films plus légers, a abordé un sujet difficile : l’antisémitisme polonais. Il a créé un thriller sur un village polonais avec un sombre secret. Ce film est un film important, qui pourrait influencer la façon dont le public perçoit l’histoire de la Pologne.

Jerzy Skolimowski – Essential Killing (2012)

C’est l’histoire d’un prisonnier afghan qui s’échappe d’une prison européenne secrète de la CIA et doit survivre dans la nature. Skolimowski, 72 ans, a écrit le scénario du film en l’espace de quelques jours, inspiré par les comptes rendus des médias sur les prisons secrètes de la CIA en Pologne. Présenté au festival de Venise, le travail de Skolimowski a suscité des réactions mitigées. Une partie du public l’a hué, l’autre lui a témoigné son soutien.

Lech J. Majewski – Bruegel, le Moulin et la Croix (The Mill and the Cross, 2010)

Il s’agit peut-être du film polonais le plus unique de la dernière décennie. Bruegel, le Moulin et la Croix, avec Rutger Hauer, Charlotte Rampling et Michael York, s’inspire du chef-d’œuvre épique de 1564 de Pieter Bruegel, La Procession au Calvaire. Lech Majewski, poète et peintre, directeur de la technologie CGI, a donné vie au tableau. Le processus de création a duré trois ans.

Marek Lechki – Erratum (2010)

Marek Lechki a mis huit ans à trouver un producteur pour son premier long métrage. Puis il a finalement pris les choses en main. La production d’Erratum a coûté 1,35 million de złoty (environ 300 000 euros). Le film de Lechki s’est avéré sincère, simple et véridique. Il s’agit de l’histoire d’un homme de trente ans qui retourne dans son village natal pour affronter les traumatismes de son enfance. Le but du film est de montrer que grandir signifie pardonner et laisser le passé derrière soi.

Si vous avez aimé ce résumé du cinéma polonais par étapes, parcourez Sauce Polonaise pour découvrir la culture polonaise.

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Traduction libre de l’article A Foreigner’s Guide to Polish Cinema publié sur Culture.pl.

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